Les croisières d’expédition connaissent une croissance spectaculaire qui transforme le paysage du tourisme maritime. Loin des paquebots géants qui sillonnent la Méditerranée, ces navires de petite capacité offrent une aventure authentique vers les régions les plus reculées de la planète. Le marché des expéditions polaires a enregistré une hausse de 12% en 2024, avec plus de 105 000 passagers qui ont choisi cette forme de voyage immersif. Cette dynamique s’explique par une conjonction de facteurs : des navires technologiquement avancés, des destinations inédites, une approche scientifique participative et une clientèle en quête d’expériences significatives. Les baby-boomers fortunés côtoient désormais des millennials aventuriers, tous animés par le désir de découvrir des écosystèmes fragiles avant qu’ils ne disparaissent définitivement.

L’évolution des navires d’expédition polaire : du commandant charcot aux brise-glaces hybrides

L’industrie des expéditions polaires a franchi un cap technologique majeur ces dernières années. Les navires modernes combinent robustesse extrême et confort haut de gamme, permettant d’accéder à des zones autrefois réservées aux seuls scientifiques et explorateurs professionnels. Cette évolution technique représente une révolution dans l’accessibilité des régions polaires pour le grand public.

Le commandant charcot de ponant : propulsion au GNL et classe polaire PC2

Le Commandant Charcot, lancé en 2021, incarne la nouvelle génération de navires d’expédition. Ce brise-glace hybride de classe PC2 peut naviguer dans des glaces de 2,5 mètres d’épaisseur, ouvrant l’accès au pôle Nord géographique durant l’été arctique. Sa propulsion au gaz naturel liquéfié (GNL) réduit de 25% les émissions de CO2 comparé aux moteurs diesel classiques. Avec une capacité limitée à 270 passagers, ce navire de 150 mètres offre un ratio espace-passager exceptionnel. Les suites disposent de balcons privés, une prouesse technique dans un environnement où les températures descendent régulièrement à -30°C. Le système de positionnement dynamique permet au navire de maintenir sa position sans ancrage, préservant ainsi les fonds marins fragiles lors des observations de faune.

Les navires de classe ice 1A super : ultramarine et national geographic endurance

La classe Ice 1A Super désigne des navires capables de naviguer dans des glaces de premier année atteignant 1 mètre d’épaisseur. L’Ultramarine de Quark Expeditions et le National Geographic Endurance illustrent cette catégorie avec des caractéristiques impressionnantes. Ces bâtiments embarquent deux hélicoptères H130, permettant des reconnaissances aériennes et des atterrissages sur des sites inaccessibles par voie maritime. Leur coque renforcée en acier à haute résistance peut absorber des impacts répétés contre la banquise sans subir de déformations structurelles. Le National Geographic Endurance dispose d’un observatoire sous-marin avec des hublots situés sous la ligne de flottaison, offrant une perspective unique sur la vie marine arctique. Ces innovations transforment radicalement l’expérience d’exploration en multipliant les points de vue sur les écosystèmes visités.

Technologie de stabilisation Rolls-Royce et coques renforcées au polar code</h3

Ces systèmes de stabilisation avancés, comme les ailerons Rolls-Royce ou les quilles anti-roulis, réduisent considérablement le tangage et le roulis dans les mers formées. Concrètement, cela signifie moins de mal de mer et davantage de confort pour les passagers, même en navigation dans les cinquantièmes hurlants. Les coques, quant à elles, sont conçues selon les exigences strictes du Polar Code de l’OMI, avec des renforts spécifiques au niveau de l’étrave, de la ligne de flottaison et des safrans. On peut comparer ces renforts à une armure segmentée : ils répartissent les forces d’impact de la glace comme les plaques d’un gilet pare-balles, protégeant l’intégrité du navire tout en maintenant une consommation de carburant optimisée.

Capacité réduite versus croisières traditionnelles : l’impact des navires à 200 passagers

La plupart des navires d’expédition polaire embarquent entre 100 et 250 passagers, loin des 4 000 à 6 000 croisiéristes des paquebots classiques. Cette capacité volontairement réduite change tout dans l’expérience de voyage : moins d’attente pour embarquer dans les zodiacs, des groupes à terre plus restreints et des interactions plus riches avec les guides et naturalistes. Pour vous, cela se traduit par un sentiment de privilège et une immersion bien plus forte dans les paysages polaires.

Sur le plan opérationnel, un navire de 200 passagers est aussi plus agile pour se faufiler dans les fjords étroits ou pour adapter son itinéraire en fonction des conditions météo et de la présence de faune. Les commandants peuvent, par exemple, modifier la route pour suivre une banquise où ont été repérées des baleines ou des ours polaires, sans la lourde logistique d’un méga-paquebot. Enfin, cette jauge limitée répond aux contraintes réglementaires en Antarctique, où la règle des 100 passagers à terre simultanément impose de fragmenter les débarquements : avec un petit navire, tout le monde peut participer aux sorties sans compromis majeur sur le temps passé à terre.

Destinations polaires émergentes et routes d’expédition inédites

Grâce aux innovations techniques et à la montée en puissance des navires d’expédition, de nouvelles routes polaires s’ouvrent au tourisme responsable. Les itinéraires ne se limitent plus au Spitzberg « classique » ou à la péninsule Antarctique : des archipels longtemps inaccessibles apparaissent désormais dans les brochures des compagnies. Pour les voyageurs, c’est l’occasion rare de se rendre dans des régions où seules quelques centaines de personnes posent le pied chaque année.

Cette diversification des destinations s’accompagne d’une approche plus exploratoire : vous ne suivez plus un « circuit de croisière » figé, mais un véritable voyage d’expédition, modulable en fonction de la météo, de la glace et des opportunités d’observation. En pratique, cela signifie que l’itinéraire annoncé est une base, mais que le capitaine et le chef d’expédition ajustent le programme au jour le jour pour maximiser les expériences. N’est-ce pas justement ce degré d’imprévu maîtrisé qui fait tout le charme d’un voyage polaire ?

L’archipel François-Joseph et la terre du Nord-Est : au-delà du spitzberg

Au nord du Svalbard, l’archipel François-Joseph (Franz Josef Land) reste l’une des destinations les plus isolées de l’Arctique. Ancienne zone militaire soviétique, il n’est accessible que quelques semaines par an, lorsque la banquise se rétracte suffisamment. Les navires d’expédition de classe renforcée y accèdent depuis le Spitzberg ou Mourmansk, offrant des paysages de falaises basaltiques, de calottes glaciaires monumentales et de banquises dérivantes constellées de morses et d’ours polaires.

La Terre du Nord-Est, à l’est du Spitzberg, est une autre destination confidentielle, dominée par de vastes inlandsis et des colonies d’oiseaux marins. Ces voyages « au-delà du Spitzberg » permettent de ressentir ce que vivaient les grandes expéditions du XIXe siècle, mais avec le confort d’un navire moderne. Les débarquements se font en zodiac sur des plages désertes, souvent sans la moindre trace humaine. Vous avez littéralement l’impression d’explorer une planète encore vierge, tout en étant encadré par des équipes habituées à ces environnements extrêmes.

La péninsule antarctique versus la mer de ross : accès aux stations McMurdo et Dumont-d’Urville

La péninsule Antarctique est la porte d’entrée la plus connue du continent blanc, accessible depuis Ushuaïa après la traversée du passage de Drake. Glaciers bleutés, montagnes acérées et manchotières spectaculaires en font une introduction idéale à un premier voyage polaire. La grande majorité des croisières d’expédition en Antarctique se concentre sur ce secteur, avec parfois des extensions vers les îles Shetland du Sud ou la mer de Weddell.

La mer de Ross, en revanche, représente l’Antarctique des pionniers : plus lointaine, plus difficile d’accès et encore très exclusive. Quelques navires d’expédition seulement s’y aventurent chaque saison, en partant de Nouvelle-Zélande ou de Tasmanie. C’est là que se trouvent certains des plus grands icebergs tabulaires du monde, ainsi que des sites emblématiques comme les huttes de Scott et Shackleton, ou encore l’accès (visuel, le plus souvent) aux bases scientifiques de McMurdo (États-Unis) et Dumont-d’Urville (France). Pour un passionné d’histoire des explorations, c’est un peu l’« Everest » des croisières polaires.

Le passage du Nord-Ouest : de kangerlussuaq à cambridge bay

Longtemps considéré comme une chimère maritime, le passage du Nord-Ouest fascine encore aujourd’hui. Les navires d’expédition le parcourent généralement de Kangerlussuaq, au Groenland, à Cambridge Bay, dans l’Arctique canadien, en suivant différents chenaux entre les îles de l’archipel arctique. L’itinéraire exact dépend étroitement de l’état des glaces, qui évolue chaque saison avec le réchauffement climatique.

Ce type de croisière d’expédition combine paysages grandioses, culture inuit et dimension historique très forte. Vous naviguez dans les traces de Franklin, Amundsen ou Larsen, tout en visitant des communautés isolées où la vie dépend encore du rythme de la banquise. L’analogie la plus juste serait celle d’un « road trip » arctique où la route serait mouvante et imprévisible : les cartes de glace remplacent les GPS, et la flexibilité est la clé de la réussite du voyage.

Géorgie du sud et îles malouines : colonies de manchots royaux et éléphants de mer

Au nord de l’Antarctique, la Géorgie du Sud et les îles Malouines forment un monde à part, parfois qualifié de « Galápagos de l’Atlantique Sud ». Ces îles subantarctiques, accessibles depuis Ushuaïa ou Punta Arenas, abritent des colonies de manchots royaux comptant plusieurs centaines de milliers d’individus, des plages littéralement couvertes d’otaries à fourrure et d’éléphants de mer, ainsi qu’une avifaune d’une richesse exceptionnelle.

Pour les voyageurs, ces expéditions combinent intensité naturaliste et dimension patrimoniale, avec les anciennes stations baleinières abandonnées et les tombeaux des chasseurs de phoques. Les débarquements se font dans des décors de montagnes enneigées plongeant dans la mer, souvent sous des lumières changeantes spectaculaires. Si vous recherchez une croisière d’expédition polaire où la faune est omniprésente, la Géorgie du Sud figure clairement parmi les destinations à privilégier.

Programmes scientifiques embarqués et tourisme participatif

Un autre facteur clé du succès des navires d’expédition réside dans leur dimension scientifique. Loin d’être de simples « croisières d’observation », ces voyages s’inscrivent de plus en plus dans des programmes de recherche et de science participative. Vous ne faites pas que contempler les glaciers et les baleines : vous contribuez, à votre échelle, à mieux les comprendre.

De nombreuses compagnies ont compris que les voyageurs d’aujourd’hui recherchent des expériences porteuses de sens. Participer à la collecte de données océanographiques ou à des projets de science citoyenne permet de donner une autre dimension au voyage. Vous repartez non seulement avec des images mémorables, mais aussi avec le sentiment d’avoir été utile à la communauté scientifique. À une époque où l’impact environnemental du tourisme est questionné, cette approche plus responsable fait toute la différence.

Partenariats avec le CNRS et le GIEC : collecte de données océanographiques

Certains navires d’expédition mettent à disposition des laboratoires ou des équipements pour des instituts de recherche comme le CNRS, l’Ifremer ou des universités internationales. Ils servent alors de plateformes logistiques pour la collecte de données : prélèvements d’eau, mesures de salinité et de température, analyses de microplastiques, suivi de la banquise ou des courants marins. Ces informations alimentent ensuite des bases de données utilisées par des organismes comme le GIEC pour affiner les modèles climatiques.

Concrètement, vous pouvez assister à des opérations de mise à l’eau de sondes CTD, observer le travail des chercheurs à bord ou participer à des ateliers pédagogiques. Les conférences quotidiennes permettent de relier ce que vous voyez depuis le pont – un front glaciaire qui recule, une banquise plus morcelée – aux grandes tendances du changement climatique. N’est-ce pas plus marquant que de lire un rapport de 300 pages depuis son salon ? L’expérience sur place rend les enjeux climatiques beaucoup plus tangibles.

Science citoyenne à bord : programmes happywhale et ebird en navigation

En parallèle des programmes scientifiques institutionnels, la plupart des croisières d’expédition polaire intègrent des projets de science participative accessibles à tous. Les programmes Happywhale ou eBird en sont deux exemples phares. Le principe est simple : vous aidez les scientifiques à collecter des données en photographiant les baleines ou en recensant les oiseaux observés, puis en téléchargeant ces informations sur une plateforme dédiée.

Les naturalistes vous aident à identifier les espèces et à comprendre comment ces données seront utilisées, par exemple pour suivre les routes migratoires ou l’évolution des populations. Cette démarche ludique transforme chaque sortie en zodiac en véritable mission d’observation. C’est un peu comme si vous deveniez, le temps du voyage, un assistant de terrain pour les biologistes, sans avoir besoin de compétences préalables.

Équipes naturalistes certifiées IAATO et protocoles d’observation wildlife

À bord des navires d’expédition, les équipes naturalistes sont souvent certifiées par des organismes comme l’IAATO (International Association of Antarctica Tour Operators) ou l’AECO pour l’Arctique. Cette certification garantit une connaissance approfondie des écosystèmes polaires, mais aussi des bonnes pratiques d’approche de la faune. Observer un ours polaire ou une baleine ne s’improvise pas : des distances minimales doivent être respectées pour éviter tout dérangement.

Des protocoles stricts sont donc appliqués lors des sorties : nombre limité de personnes par guide, consignes de silence, interdiction de couper la route d’un animal ou de s’interposer entre la mer et un mammifère marin. Ces règles peuvent parfois sembler contraignantes, mais elles permettent d’obtenir des observations plus naturelles et plus durables. À long terme, c’est ce respect scrupuleux de la faune qui garantit la pérennité des voyages d’expédition dans ces régions sensibles.

Équipements et infrastructures dédiés à l’exploration active

Les navires d’expédition modernes sont conçus comme de véritables bases avancées pour l’exploration active. Loin du modèle « resort flottant » des grandes croisières, ils embarquent une panoplie d’outils dédiés à la découverte : zodiacs, kayaks, sous-marins, hélicoptères, drones, mais aussi salles de conférence et laboratoires. L’objectif est clair : multiplier les angles d’approche d’un même paysage, depuis la mer, les airs et parfois même les profondeurs.

Cette approche multi-niveaux transforme votre croisière en un voyage à 360°. Vous pouvez, par exemple, observer une colonie de phoques depuis le navire, la rejoindre en zodiac, la survoler en hélicoptère et enfin assister à une conférence détaillant le rôle de ces animaux dans l’écosystème. Comme dans un documentaire, mais avec la possibilité de poser vos questions en direct et de choisir votre niveau d’engagement physique.

Zodiacs pneumatiques renforcés et plateformes de mise à l’eau marina

Les zodiacs sont l’outil de base de toute croisière d’expédition. Ces embarcations pneumatiques renforcées, généralement motorisées entre 40 et 60 chevaux, permettent de s’approcher au plus près des falaises, des fronts glaciaires ou des banquises, là où le navire ne peut pas manœuvrer. Ils servent aussi de navettes pour effectuer les débarquements sur les plages ou les éperons rocheux.

Pour faciliter ces opérations, les navires modernes disposent souvent de plateformes de mise à l’eau de type « marina » à l’arrière, très proches du niveau de la mer. L’embarquement se fait alors par petits groupes, dans un environnement contrôlé et sécurisé, même lorsque la houle est présente. Si vous craignez les manipulations acrobatiques au-dessus de l’eau glacée, soyez rassuré : les procédures sont rodées et l’équipement (gilets, combinaisons, bottes) est prévu pour limiter les risques.

Sous-marins U-Boat worx et ROV téléopérés pour plongées polaires

Sur les navires les plus innovants, les croisières d’expédition polaire intègrent désormais des sous-marins touristiques, comme les modèles U-Boat Worx. Ces engins biplaces ou tripaces permettent de descendre jusqu’à plusieurs centaines de mètres de profondeur, dans un environnement où la plongée classique serait impossible pour le grand public. Vous découvrez alors l’univers méconnu des forêts de kelp, des anémones géantes et des invertébrés des eaux froides.

Certains navires embarquent également des ROV (Remotely Operated Vehicles), des drones sous-marins téléopérés depuis le bord. Les images sont projetées en direct dans le salon d’observation ou la salle de conférence, permettant à tous les passagers de suivre l’exploration des fonds marins. C’est un peu comme si vous assistiez à un tournage de National Geographic en temps réel, avec la possibilité d’échanger ensuite avec les pilotes et les biologistes à bord.

Hélicoptères embarqués H130 et drones DJI pour reconnaissances aériennes

Sur certains itinéraires très isolés, notamment en Antarctique Est, en mer de Ross ou dans l’Arctique canadien, les navires d’expédition embarquent un ou deux hélicoptères, souvent des Airbus H130. Ces appareils permettent d’effectuer des survols panoramiques, de déposer de petits groupes sur des crêtes ou des zones de glace inaccessibles par la mer, ou encore de réaliser des missions de reconnaissance des glaces.

Les drones, de type DJI ou équivalents, sont devenus un outil complémentaire précieux. Utilisés par l’équipe d’expédition (et parfois par les passagers, dans des zones autorisées), ils permettent de repérer la faune à distance, d’identifier des chenaux libres de glace ou de documenter l’évolution des fronts glaciaires. Comme tout outil en environnement polaire, leur usage est encadré par des règles strictes pour éviter de déranger les animaux. Mais bien utilisés, ils enrichissent considérablement la compréhension des paysages survolés.

Salles de conférence multimédia et laboratoires scientifiques à bord

Au retour des explorations en extérieur, la vie à bord se poursuit dans les salles de conférence multimédia, véritables centres de documentation flottants. Équipées de systèmes de projection haute définition, de bibliothèques spécialisées et parfois de casques audio de traduction simultanée, elles accueillent chaque jour des présentations sur la glaciologie, la biologie marine, la géologie ou l’histoire des explorations polaires.

Sur certains navires, de petits laboratoires scientifiques complètent ce dispositif. Ils permettent de traiter rapidement les échantillons prélevés, d’observer au microscope le plancton ou les sédiments, voire de réaliser des expériences simples en direct avec les passagers. Cette combinaison de terrain et de théorie transforme la croisière en un véritable séjour d’apprentissage, sans jamais sacrifier le plaisir de la découverte.

Normes environnementales et certifications écoresponsables

La question environnementale est centrale dans le développement des croisières d’expédition, en particulier dans les régions polaires déjà très fragilisées par le réchauffement climatique. Les compagnies qui opèrent dans ces zones doivent se conformer à des normes de plus en plus strictes, instaurées par les autorités internationales et les associations professionnelles. Pour vous, voyageur, ces engagements offrent un gage de sérieux et de transparence.

Certes, aucune croisière, même d’expédition, n’est totalement neutre en carbone. Mais les navires récents affichent des progrès significatifs : carburants plus propres, systèmes de traitement des eaux, réduction des plastiques à usage unique, gestion fine des déchets. En choisissant un opérateur certifié et transparent sur ses pratiques, vous contribuez à soutenir les acteurs les plus vertueux d’un secteur en pleine mutation.

Certification green marine et protocole antarctic treaty system

Plusieurs armateurs de navires d’expédition adhèrent aujourd’hui à des programmes de certification environnementale, comme Green Marine Europe. Ce label évalue les performances des compagnies sur différents critères : émissions atmosphériques, bruit sous-marin, gestion des déchets, recyclage ou encore protection de la biodiversité. Les résultats sont publiés et comparables, ce qui incite les opérateurs à améliorer en continu leurs pratiques.

En Antarctique, l’activité touristique est également encadrée par le Antarctic Treaty System, un ensemble d’accords internationaux visant à préserver le continent pour la paix et la science. Les navires d’expédition doivent respecter des zones spécialement protégées, limiter la fréquence des débarquements et déclarer leurs itinéraires aux autorités compétentes. Cette gouvernance partagée, unique au monde, fait de l’Antarctique un laboratoire de gestion internationale de l’environnement.

Systèmes de traitement des eaux grises et noires conformes à l’OMI

Sur le plan technique, les navires d’expédition les plus récents sont équipés de systèmes avancés de traitement des eaux grises (provenant des douches, lavabos, cuisines) et des eaux noires (eaux usées). Ces installations, conformes aux prescriptions de l’Organisation maritime internationale (OMI), permettent de filtrer, traiter et souvent réutiliser une partie de l’eau, en minimisant les rejets en mer.

Des incinérateurs haute performance, des compacteurs et des systèmes de tri complètent ce dispositif pour les déchets solides. L’objectif est simple : ne rien laisser derrière soi, si ce n’est la trace éphémère du sillage dans l’eau. Dans certaines zones particulièrement sensibles, comme les fjords antarctiques ou les réserves marines, les navires conservent même totalement leurs effluents à bord jusqu’à leur retour dans un port équipé.

Charte IAATO et limitation des débarquements : règle des 100 passagers simultanés

En Antarctique, la charte de l’IAATO impose des règles très précises pour limiter l’impact du tourisme. La plus connue est la « règle des 100 personnes à terre », qui interdit de débarquer plus de 100 passagers simultanément sur un même site. Les navires transportant plus de 500 passagers n’ont d’ailleurs pas le droit de débarquer en Antarctique, ce qui réserve la région aux véritables navires d’expédition.

En pratique, cela signifie que votre journée est organisée en rotations : pendant qu’un groupe explore la côte, un autre effectue une croisière en zodiac et le troisième assiste à une conférence à bord. Cette logistique fine garantit que les sites visités ne soient jamais saturés et que la faune ne soit pas soumise à un stress excessif. Pour vous, c’est également l’assurance de profiter d’une expérience plus intime et moins « touristique ».

Tarification premium et segments de clientèle ciblés

Les croisières d’expédition polaire se positionnent clairement sur un segment premium, loin des offres d’entrée de gamme des grandes compagnies généralistes. La combinaison de navires technologiques, de capacités réduites, d’équipages très qualifiés et d’itinéraires extrêmes a un coût, qui se reflète dans le prix public. Pour autant, la demande ne cesse d’augmenter, portée par une clientèle prête à investir dans des expériences rares et mémorables.

On observe aussi une diversification rapide des profils de voyageurs : aux côtés des baby-boomers fortunés apparaissent des quadragénaires urbains, des couples de millennials et même des familles avec adolescents. Tous partagent un même moteur : la quête d’authenticité, d’aventure et de sens. Vous vous reconnaissez dans ce portrait ? Alors une croisière d’expédition a probablement plus à vous offrir qu’un séjour balnéaire classique.

Positionnement tarifaire : de 10 000€ à 50 000€ par cabine expedition suite

Sur les principales routes polaires, le prix d’une croisière d’expédition se situe généralement entre 10 000 € et 25 000 € par personne pour une cabine double standard, en fonction de la durée (de 10 à 20 jours) et de la saison. Les suites d’angle ou les cabines avec terrasse privative, parfois étiquetées expedition suite, peuvent facilement atteindre 40 000 à 50 000 € pour deux personnes sur les itinéraires les plus exclusifs, comme la mer de Ross ou le passage du Nord-Ouest complet.

Ce tarif inclut cependant une grande partie des prestations : hébergement, pension complète, excursions en zodiac, conférences, équipement polaire de base, parfois même les vols charters d’approche. Si l’on compare avec un voyage terrestre équivalent (hébergement, guides privés, logistique d’hélicoptère, transferts), l’écart de prix se réduit sensiblement. La question n’est donc pas seulement « combien cela coûte ? », mais « quelle valeur j’accorde à cette expérience unique dans ma vie de voyageur ? ».

Démographie des expéditionnaires : baby-boomers aisés et millennials aventuriers

Historiquement, la clientèle des croisières polaires était majoritairement composée de retraités aisés, passionnés de grands voyages et disposant de temps libre. Cette base reste importante, mais elle est désormais rejointe par une nouvelle génération de voyageurs, souvent plus jeunes, plus connectés et très sensibles aux enjeux environnementaux. Pour eux, partir sur un navire d’expédition est à la fois un accomplissement personnel et un moyen de « cocher » une destination mythique sur leur liste de rêves.

Les compagnies adaptent donc leur offre : cabines familiales, programmes pour adolescents, activités plus physiques (randonnées, kayak, camping sur la banquise), connexion internet améliorée pour partager les expériences en temps réel. Cette hybridation des publics crée une atmosphère intergénérationnelle stimulante à bord. On y croise aussi bien des photographes animaliers que des ingénieurs passionnés de climat, des enseignants, des entrepreneurs ou des médecins en quête de déconnexion.

Compagnies spécialisées : hurtigruten expeditions, quark expeditions et aurora expeditions

Sur ce marché très spécifique des croisières d’expédition polaire, quelques acteurs se distinguent par leur expertise. Hurtigruten Expeditions, héritier de la route côtière norvégienne, a été l’un des premiers à proposer des expéditions modernes vers le Svalbard, le Groenland ou l’Antarctique, avec un accent croissant sur l’hybridation et la réduction des émissions. Quark Expeditions, de son côté, s’est spécialisé dès les années 1990 dans les régions polaires, construisant une solide réputation de pionnier, notamment sur le passage du Nord-Ouest ou l’archipel François-Joseph.

Des compagnies comme Aurora Expeditions, basées en Australie, ou des armateurs européens et nord-américains plus récents, enrichissent encore l’offre, chacun avec sa signature : taille des navires, niveau de luxe, orientation plus « aventure » ou plus « confort ». Pour choisir votre croisière d’expédition, il est essentiel de comparer non seulement les itinéraires, mais aussi la philosophie des opérateurs, le ratio guides/passagers et leurs engagements environnementaux. C’est de cette adéquation entre vos attentes et leur ADN que dépendra, en grande partie, la réussite de votre voyage polaire.