
La mer Rouge soudanaise représente l’une des dernières frontières de la plongée sous-marine, offrant des écosystèmes marins d’une pureté exceptionnelle. Alors que les sites égyptiens attirent des milliers de plongeurs chaque année, les eaux territoriales du Soudan conservent leur caractère sauvage et pristine. Cette destination émergente révèle des formations coralliennes intactes, une biodiversité marine remarquable et des sites de plongée d’une beauté saisissante. Les récifs soudanais abritent des concentrations de pélagiques impressionnantes, notamment des populations de requins-marteaux parmi les plus importantes de la mer Rouge. Pour les plongeurs expérimentés en quête d’authenticité, le Soudan offre une expérience unique, loin des sentiers battus du tourisme subaquatique de masse.
Géographie marine et écosystèmes coralliens de la côte soudanaise
Récifs frangeants de suakin et formations coralliennes pristines
L’archipel de Suakin, situé au large de la côte soudanaise, constitue un ensemble de formations coralliennes d’une diversité remarquable. Ces récifs frangeants s’étendent sur plusieurs kilomètres carrés, créant un labyrinthe sous-marin de canyons, de plateaux et de tombants vertigineux. La particularité géologique de cette région réside dans l’alternance entre zones peu profondes et abysses marines, offrant une variété d’habitats exceptionnelle. Les coraux durs dominent les structures récifales, avec une prédominance d’Acropora et de Porites formant des jardins coralliens spectaculaires. Cette diversité structurelle explique la richesse de la faune marine qui colonise ces écosystèmes.
Les formations coralliennes de Suakin présentent un taux de couverture corallienne vivante supérieur à 70%, un indicateur exceptionnel de santé écosystémique. Cette vitalité s’explique par l’absence de pressions anthropiques majeures et la qualité cristalline des eaux. Les récifs se développent dans des conditions optimales, bénéficiant d’une température stable oscillant entre 24°C en hiver et 30°C en été. La clarté de l’eau, souvent supérieure à 40 mètres de visibilité, témoigne de l’absence de pollution et de sédimentation excessive.
Biodiversité endémique du plateau continental soudanais
Le plateau continental soudanais héberge une biodiversité marine exceptionnelle, avec plus de 1200 espèces de poissons recensées et 350 espèces de coraux. Cette richesse biologique s’explique par la position géographique stratégique du Soudan, à la confluence de plusieurs courants marins majeurs. Les eaux soudanaises servent de corridor migratoire pour de nombreuses espèces pélagiques, créant des phénomènes de concentration saisonnière spectaculaires. L’endémisme régional atteint des niveaux remarquables, avec plusieurs espèces de poissons et d’invertébrés uniquement présentes dans ces eaux.
Les herbiers de phanérogames marines couvrent d’importantes superficies du plateau continental peu profond, constituant des nurseries essentielles pour de nombreuses espèces. Ces prairies sous-marines abritent une faune spécialisée, incluant des dugongs, des tortues vertes et diverses espèces de raies. La productivité primaire élevée de ces écosystèmes soutient l’ensemble de la chaîne trophique marine. Les zones d’upwelling localisées enrichissent périod
périodiquement la colonne d’eau en nutriments, stimulant la croissance du plancton et attirant de grands rassemblements de poissons pélagiques.
Cette mosaïque d’habitats – récifs, herbiers, lagons et tombants – fait du plateau continental soudanais un véritable laboratoire naturel pour les biologistes marins comme pour les plongeurs curieux. En explorant ces zones, vous observez la continuité entre les différents écosystèmes : juvéniles cachés dans les herbiers, bancs de poissons de récif sur les pentes coralliennes, puis grands prédateurs dans le bleu. Ce gradient écologique, encore peu perturbé, illustre de manière spectaculaire le fonctionnement d’un écosystème récifal en bon état de conservation.
Topographie sous-marine entre Port-Soudan et suakin
Entre Port-Soudan et l’archipel de Suakin, la topographie sous-marine est marquée par une succession de récifs isolés, de plateaux coralliens et de tombants abrupts qui plongent directement dans les grandes profondeurs de la mer Rouge. À quelques milles seulement de la côte, la bathymétrie chute rapidement, ce qui explique la proximité des grands pélagiques. Les récifs émergent souvent sous forme de petites îles basses ou d’anneaux coralliens, parfois à peine visibles en surface, mais se prolongent sous l’eau par des murailles vertigineuses couvertes de coraux mous et de gorgones géantes.
Cette topographie complexe favorise des plongées variées : dérivantes le long des tombants balayés par les courants, explorations de plateaux à mi-profondeur ou incursions dans des lagons protégés. Vous passez, en une seule journée de mer, d’ambiances intimistes à faible profondeur à de grands bleus ouverts où la visibilité dépasse souvent 40 mètres. Les passes entre les récifs agissent comme de véritables couloirs hydrodynamiques, concentrant la faune et offrant des scènes de chasse spectaculaires impliquant carangues, thons et barracudas.
Pour le plongeur, comprendre cette architecture sous-marine est un atout majeur. Elle permet d’anticiper les zones d’accumulation de vie marine, de mieux gérer sa flottabilité et d’adapter sa planification de plongée aux courants dominants. À la manière d’un alpiniste lisant la montagne, le plongeur au Soudan apprend rapidement à « lire » les récifs : pointes exposées où se tiennent les requins, anses plus abritées propices aux paliers et aux rencontres avec les tortues, zones de casse où la houle a sculpté des reliefs chaotiques riches en cachettes.
Zones de protection marine dungonab bay et mukkawar island
Au nord de Port-Soudan, la baie de Dungonab et l’île de Mukkawar forment l’un des ensembles les plus remarquables du littoral soudanais. Classée site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2016, cette zone marine protégée couvre plus de 2000 km² d’habitats côtiers et récifaux. On y trouve des récifs coralliens, des herbiers denses, des mangroves et des bancs de sable qui servent de zones de reproduction et de croissance pour de nombreuses espèces menacées. D’un point de vue écologique, Dungonab-Mukkawar joue pour le Soudan un rôle comparable à celui de Ras Mohammed pour l’Égypte, mais avec une fréquentation touristique encore infinitésimale.
La baie est particulièrement connue pour ses populations de dugongs, de dauphins et pour l’une des plus importantes concentrations de requins-baleines de la mer Rouge. Entre octobre et février, ces géants filtrant le plancton fréquentent régulièrement la zone, attirés par la forte productivité des eaux côtières. Pour des raisons de conservation, la plongée y est strictement encadrée et parfois limitée à des programmes scientifiques ou à des opérateurs disposant d’autorisations spécifiques. Cela garantit une pression très faible sur les habitats et préserve l’authenticité de l’expérience pour les rares plongeurs autorisés à y accéder.
Cette aire marine protégée illustre parfaitement le tournant pris par le Soudan en matière de gestion de son patrimoine subaquatique. En s’appuyant sur des partenariats avec des ONG internationales et des programmes de recherche, les autorités locales cherchent à concilier développement d’un tourisme de plongée durable et préservation à long terme des écosystèmes. Pour vous, plongeur responsable, c’est l’occasion de participer à un modèle où l’observation attentive et le respect des règles remplacent le tourisme de masse, garantissant que ces récifs resteront intacts pour les générations futures.
Sites de plongée emblématiques du littoral soudanais
Angarosh : plongée dérivante sur tombant corallien
Situé au nord de Port-Soudan, Angarosh – littéralement « la mère des requins » en langue locale – porte bien son nom. Ce récif isolé se dresse comme un bastion au milieu du bleu, avec un plateau sommital autour de 20 mètres qui s’effondre en tombants abrupts au-delà des 300 mètres. Les courants y sont souvent soutenus, ce qui en fait un site typique de plongée dérivante pour plongeurs expérimentés. En suivant la dérive le long du tombant, vous survolez des jardins de coraux durs, des éventails de gorgones et des forêts d’alcyonnaires où se tiennent des nuages de poissons anthias.
Mais c’est dans le bleu que réside l’attrait principal d’Angarosh. En se tenant légèrement décollé du récif, à la profondeur du plateau, on observe fréquemment des requins gris de récif, des pointes blanches et, selon la saison, des bancs de requins-marteaux halicornes. Les thons à dents de chien, barracudas géants et carangues à gros yeux patrouillent sans relâche les abords du tombant, offrant des scènes de chasse spectaculaires. L’analogie souvent utilisée par les guides est parlante : plonger à Angarosh, c’est comme se tenir au balcon d’un théâtre naturel où les grands pélagiques tiennent le premier rôle.
En raison des courants potentiellement forts et des mises à l’eau dans le bleu, Angarosh est recommandé aux plongeurs disposant au minimum d’un niveau avancé avec expérience en dérivantes. L’usage d’un crochet de récif est parfois conseillé pour se stabiliser sur les zones exposées tout en limitant l’impact sur le corail. Une bonne gestion de la consommation d’air et de la flottabilité est indispensable pour profiter pleinement de ce site mythique de la mer Rouge soudanaise.
Sha’ab rumi : épave du conshelf II de jacques cousteau
Sha’ab Rumi est probablement le site le plus emblématique du Soudan, autant pour sa richesse biologique que pour son histoire. C’est ici que Jacques-Yves Cousteau installa, en 1963, l’habitat sous-marin expérimental Conshelf II dans le cadre de son projet de vie sous la mer. Les vestiges de cette base, parfois appelée Précontinent 2, sont encore visibles à faible profondeur, constituant un témoignage unique des débuts de l’exploration sous-marine. Pour le plongeur, explorer ces structures métalliques colonisées par les coraux revient un peu à visiter une station spatiale engloutie, désormais devenue récif artificiel.
Au-delà de son intérêt historique, Sha’ab Rumi est un véritable hotspot pour le pélagique. Le plateau nord, qui s’étend entre 20 et 30 mètres, se termine par un tombant exposé aux courants où se forment régulièrement des bancs de requins-marteaux halicornes. En saison, il n’est pas rare d’observer plus d’une cinquantaine d’individus, évoluant en colonne dans le bleu. Les requins gris de récif, pointes blanches et requins soyeux complètent ce cortège de prédateurs, tandis que les carangues, thons et barracudas forment des nuées argentées au-dessus du plateau.
La zone interne du récif, plus abritée, offre une ambiance radicalement différente. Coraux durs en excellent état, patrouilles de perroquets à bosse, tortues imbriquées et nuages de poissons de récif créent un tableau digne des plus beaux sites égyptiens, mais avec une densité de plongeurs infiniment moindre. La combinaison d’un site historique majeur, d’un récif préservé et de rencontres régulières avec les requins-marteaux fait de Sha’ab Rumi une étape incontournable de toute croisière plongée au Soudan.
Blue belt : formations coralliennes et requins marteaux
Le site de la Blue Belt, parfois surnommé « Toyota Wreck » en raison de sa cargaison de véhicules, est à la fois une épave fascinante et un rendez-vous avec le grand bleu. Ce cargo saoudien coula dans les années 1970 au large de la côte soudanaise, venant se poser sur un récif escarpé avant de glisser partiellement dans les profondeurs. Aujourd’hui, ses restes sont éparpillés le long du tombant, formant un parcours mêlant structures métalliques et récif corallien. On y découvre, au fil de la plongée, des châssis de 4×4, des essieux et divers éléments de cargaison devenus supports à coraux et refuges pour la faune.
La particularité de Blue Belt réside dans la transition progressive entre l’épave et le tombant, qui mène naturellement le plongeur vers le bleu. Sur le bord du plateau, aux alentours de 25 à 30 mètres, il est fréquent d’apercevoir des requins-marteaux solitaires ou en petits groupes, ainsi que des requins gris de récif. Les bancs de carangues et de barracudas patrouillent autour des structures, donnant l’impression d’un carrefour sous-marin où se croisent les routes des espèces récifales et pélagiques. C’est un excellent site pour allier photographie d’épave et observation des grands prédateurs.
Comme souvent au Soudan, les conditions peuvent être engagées : visibilité très claire mais courants changeants, profondeur de l’épave variable selon la partie explorée. Une planification rigoureuse est donc de mise, avec respect strict des paliers de sécurité et des limites de non-décompression. Les plongées à Blue Belt sont généralement réservées aux plongeurs autonomes confirmés, familiarisés avec l’orientation sur épave et l’évolution le long de tombants exposés.
Sanganeb atoll : phare historique et murs de corail
Classé également au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’atoll de Sanganeb est un récif isolé en forme d’anneau, dominé par un phare emblématique construit à la fin du XIXe siècle. Ce phare, toujours en activité, sert de repère aux navigateurs et de point d’ancrage aux bateaux de croisière plongée. L’atoll se compose de plusieurs plateaux et tombants répartis autour de sa circonférence, chacun offrant une physionomie et une vie marine spécifiques. C’est un peu l’équivalent soudanais de Ras Mohamed, mais au milieu du large et sans la foule.
Le plateau nord de Sanganeb est réputé pour ses murs de corail vertigineux, où les coraux mous colorés rivalisent avec les grandes gorgones pour capter la lumière. Les bancs de poissons de récif – anthias, demoiselles, poissons-papillons, poissons-anges – y sont d’une densité impressionnante. Sur le pourtour du récif, on observe fréquemment des requins gris, pointes blanches, parfois des requins renards et, en saison, des requins-marteaux. Le plateau sud, plus abrité, présente une topographie plus douce, idéale pour des plongées plus longues, des plongées de nuit ou des immersions destinées à la macrophotographie.
Entre deux plongées, la montée au sommet du phare de Sanganeb est une expérience à ne pas manquer. Du haut de ses marches, la vue panoramique sur l’atoll, la mer d’un bleu profond et les bateaux au mouillage permet de prendre la mesure de l’isolement du site. Cette alternance entre explorations sous-marines et immersion dans l’histoire maritime de la région donne à Sanganeb une dimension particulière, où la plongée se vit à la fois comme une aventure naturelle et un voyage dans le temps.
Umbria : épave italienne de la seconde guerre mondiale
À quelques encablures de Port-Soudan repose l’Umbria, l’une des épaves les plus mythiques de la mer Rouge. Ce cargo italien de 150 mètres de long coula en 1940, chargé de munitions, après avoir été sabordé par son capitaine pour éviter sa capture par les forces britanniques. Posée sur son flanc à environ 30 mètres de profondeur maximale, l’épave est accessible dès 5 à 8 mètres, ce qui permet de longues explorations, y compris en plongée au nitrox. Sa position proche de la côte en fait souvent le premier ou le dernier site d’une croisière soudanaise.
L’Umbria est un véritable musée sous-marin. On y trouve encore des centaines de bombes, des caisses de bouteilles de vin, des pneus, des pièces mécaniques et divers éléments de cargaison, tous colonisés par les coraux et la vie marine. Les cales béantes, les coursives et les superstructures offrent des possibilités de pénétration (toujours avec prudence et formation adéquate) qui raviront les amateurs d’épaves. À l’extérieur, bancs de lutjans, fusiliers, perroquets à bosse et murènes géantes donnent vie à l’ensemble, tandis que les jeux de lumière à travers les hublots et les écoutilles créent une atmosphère quasi cinématographique.
En raison de sa relative faible profondeur, l’Umbria se prête bien à des plongées de longue durée et à la photographie. Cependant, il convient de rester vigilant : la présence de munitions, même anciennes, impose le respect absolu de la règle d’or « regarder sans toucher ». L’épave, bien que stable, reste une structure vieillissante ; il est donc recommandé de suivre scrupuleusement les consignes des guides, notamment en matière de pénétration interne et de gestion des risques de sédiments en suspension.
Faune marine spécifique des eaux soudanaises
Populations de requins-marteaux halicornes à sha’ab rumi
Les eaux soudanaises sont particulièrement célèbres pour leurs populations de requins-marteaux halicornes (Sphyrna lewini), dont les bancs spectaculaires constituent l’un des grands attraits du pays pour la plongée. À Sha’ab Rumi, mais aussi dans les Suakin et plus au sud, les conditions océanographiques – courants, topographie, disponibilité en proies – favorisent la formation d’agrégations pouvant dépasser, certains jours, la centaine d’individus. Ces rassemblements, observables entre 20 et 40 mètres de profondeur, sont parmi les plus importants de toute la mer Rouge.
Pour maximiser vos chances de rencontre, les guides privilégient généralement des mises à l’eau matinales, lorsque les requins remontent en moyenne profondeur. La technique consiste souvent à se positionner en limite de tombant, légèrement dans le bleu, tout en conservant un contact visuel avec le récif. En restant calme, groupé et à bonne distance, on observe alors les silhouettes caractéristiques des marteaux évoluer en bancs organisés, parfois accompagnés de requins gris ou soyeux. C’est un moment de pure intensité, où la prudence et le respect des animaux priment sur la recherche de la proximité à tout prix.
Au-delà de l’aspect spectaculaire, la présence de ces grandes populations de requins-marteaux est un indicateur fort de la santé des écosystèmes soudanais. Dans de nombreuses régions du monde, les requins ont fortement décliné sous l’effet de la surpêche ciblée et accidentelle. Ici, leur abondance témoigne d’une pression halieutique encore relativement limitée et d’une bonne disponibilité en proies. En choisissant de plonger au Soudan, vous contribuez indirectement à valoriser économiquement ces animaux vivants, renforçant ainsi les arguments en faveur de leur protection.
Dugongs et herbiers de phanérogames marines
Moins visibles que les requins mais tout aussi emblématiques, les dugongs (Dugong dugon) fréquentent les herbiers de phanérogames marines du plateau soudanais, notamment dans des zones comme Dungonab Bay ou certains lagons côtiers peu profonds. Ces mammifères marins, parfois surnommés « vaches de mer », se nourrissent quasi exclusivement d’herbiers, qu’ils broutent en laissant derrière eux des traces caractéristiques dans le substrat sableux. Observables en plongée bouteille comme en snorkeling, ils offrent un spectacle d’une grande douceur, en contraste avec l’adrénaline des rencontres avec les grands pélagiques.
Les herbiers jouent un rôle écologique multiple : ils stabilisent les sédiments, capturent du carbone (on parle de « carbone bleu »), oxygènent l’eau et constituent des nurseries pour de nombreuses espèces de poissons et d’invertébrés. Leur bon état au Soudan résulte en grande partie de la faible urbanisation côtière et de l’absence quasi totale de dragages ou d’aménagements lourds. Pour les plongeurs, ces zones peuvent sembler moins spectaculaires à première vue que les récifs colorés, mais elles regorgent de vie : hippocampes, syngnathes, raies pastenagues, seiches, poissons-limes juvéniles, sans oublier tortues vertes et dugongs.
Lorsque vous explorez ces habitats sensibles, une approche respectueuse est essentielle. Évitez de poser les palmes sur le fond, maintenez une flottabilité neutre et gardez vos distances avec les animaux. Une herbe marine arrachée met des mois à repousser, tandis qu’un dugong dérangé peut abandonner un site nourricier clé. En adoptant une pratique de plongée douce, vous contribuez à préserver ces prairies sous-marines, véritables poumons verts de la mer Rouge soudanaise.
Colonies de barracudas géants et carangues à gros yeux
Les récifs soudanais sont célèbres pour leurs impressionnants bancs de barracudas géants (Sphyraena barracuda) et de carangues à gros yeux (Caranx sexfasciatus). Sur des sites comme Angarosh, Sanganeb ou les récifs de Suakin, il n’est pas rare de voir surgir, dans la clarté du bleu, une spirale compacte de barracudas, formant une colonne argentée au-dessus du plateau. Ces formations, parfois comparées à des tornades sous-marines, offrent des scènes de plongée spectaculaires, particulièrement photogéniques lorsque le soleil perce la surface en arrière-plan.
Les carangues à gros yeux, quant à elles, patrouillent souvent en groupes serrés le long des tombants et des passes, profitant des courants pour chasser les poissons fourrages. Leur silhouette robuste et leur comportement de prédateur en font des acteurs majeurs de la chaîne alimentaire récifale. Croiser ces colonies en action, c’est un peu comme assister à un ballet orchestré par les courants : chaque individu se positionne avec une précision millimétrée pour optimiser ses chances de capture, tout en gardant la cohésion du groupe.
Pour le plongeur, ces rencontres constituent des moments privilégiés d’observation du comportement animal. En se positionnant en périphérie des bancs, sans chercher à les traverser, on peut rester de longues minutes à les contempler sans les perturber. C’est également une excellente opportunité pour les photographes et vidéastes sous-marins, qui peuvent jouer avec les lignes formées par les bancs et les contrastes entre la masse argentée des barracudas et le bleu profond de la mer Rouge soudanaise.
Raies mantas océaniques aux stations de nettoyage
Autre joyau de la faune soudanaise : les raies mantas océaniques (Mobula birostris), qui fréquentent régulièrement certaines stations de nettoyage situées sur les plateaux récifaux. Ces « stations » sont des zones bien définies où des poissons nettoyeurs – labres, demoiselles, crevettes – se rassemblent pour déparasiter les grands animaux. À la manière d’un car-wash biologique, les mantas viennent y faire enlever parasites et peaux mortes, adoptant des trajectoires lentes et répétitives au-dessus du récif. Pour le plongeur patient et discret, c’est l’occasion d’observer ces géants en interaction étroite avec leur environnement.
Les observations de mantas sont plus fréquentes lorsque la productivité planctonique est élevée, souvent au changement de saison ou à la faveur d’upwellings locaux. Les guides expérimentés connaissent les plateaux les plus propices et adaptent les horaires de plongée en conséquence. Sur place, la meilleure stratégie consiste à se positionner bas sur le récif, à bonne distance de la zone de passage, et à limiter au maximum les mouvements brusques. En respectant ces règles, vous augmentez considérablement les chances qu’une ou plusieurs mantas acceptent votre présence et tournent longuement au-dessus de vos têtes.
Ces rencontres, souvent décrites comme « hypnotiques » par les plongeurs, illustrent à merveille la relation subtile entre grands pélagiques et récifs coralliens. Elles rappellent aussi à quel point le Soudan offre encore des scènes de nature sauvage que l’on a parfois du mal à retrouver dans les zones plus fréquentées de la mer Rouge. Chaque manta observée devient ainsi, pour beaucoup de voyageurs, un ambassadeur de la nécessité de préserver ces écosystèmes exceptionnels.
Conditions de plongée et accessibilité logistique
Plonger au Soudan implique de prendre en compte des conditions spécifiques, tant sur le plan technique que logistique. La majorité des séjours se fait en croisière-plongée au départ de Port-Soudan, accessible par des vols internationaux via des hubs comme Dubaï. Cette configuration permet d’atteindre des récifs éloignés et préservés, mais suppose aussi une certaine autonomie : une fois à bord, vous êtes éloigné de toute infrastructure terrestre classique pendant 7 à 11 jours. C’est un atout pour l’immersion dans la nature, mais aussi une responsabilité en termes de préparation personnelle.
Les conditions de mer varient selon la saison. De février à mai, période souvent recommandée, la température de l’eau oscille entre 24 et 27 °C, avec une visibilité exceptionnelle et une forte présence de pélagiques (requins-marteaux, requins gris, mantas). Les courants peuvent être marqués sur certains sites exposés, rendant indispensables une bonne maîtrise de la flottabilité et le confort en plongée dérivante. De novembre à janvier, l’eau est plus fraîche mais les sites restent spectaculaires, tandis que l’été peut apporter une chaleur plus intense en surface, moins recherchée par certains plongeurs.
Sur le plan technique, la plupart des croisières exigent un niveau N2 ou Advanced Open Water minimum, avec une vingtaine de plongées en mer à votre actif. Un ordinateur de plongée par personne, un réflecteur de surface, un parachute de palier et, idéalement, un crochet de récif font partie de l’équipement recommandé. Le nitrox est souvent disponible à bord, permettant de sécuriser les profils de plongée répétés sur tombants profonds. Les plongées sont encadrées par des guides expérimentés, mais la philosophie reste celle de l’autonomie encadrée : les binômes gèrent leurs paramètres dans un cadre clairement défini.
En termes logistiques, il faut également intégrer les formalités administratives propres au Soudan : visa à l’arrivée, taxes gouvernementales et portuaires, parfois évolutives, et protocoles de sécurité imposés par les autorités maritimes. Les opérateurs spécialisés accompagnent généralement les plongeurs dans ces démarches, mais il reste essentiel de vérifier, avant le départ, les exigences en matière d’assurance plongée, de certificat médical et de couverture rapatriement. Mieux préparé vous serez, plus sereinement vous profiterez des merveilles sous-marines de la côte soudanaise.
Conservation marine et initiatives de protection environnementale
La mer Rouge soudanaise bénéficie encore d’un relatif isolement qui a contribué à préserver ses écosystèmes, mais cette situation évolue. L’augmentation progressive du trafic maritime, des activités de pêche et du tourisme impose de mettre en place des mesures de conservation ambitieuses. Le classement de zones comme Dungonab Bay – Mukkawar Island et Sanganeb en sites du patrimoine mondial de l’UNESCO constitue une étape majeure, en offrant un cadre légal pour limiter certaines activités destructrices et encourager la recherche scientifique. Ces aires protégées servent de noyaux de biodiversité à partir desquels la recolonisation naturelle peut s’opérer vers des zones plus impactées.
Parallèlement, plusieurs ONG internationales et institutions académiques collaborent avec les autorités soudanaises pour cartographier les récifs, suivre l’état de santé des coraux et des populations de grands pélagiques, et développer des plans de gestion intégrée de la côte. Des programmes de surveillance des blanchissements coralliens, de lutte contre la pêche illégale et de sensibilisation des communautés locales sont progressivement mis en place. Vous êtes-vous déjà demandé comment vos choix de destination peuvent influencer ces dynamiques de conservation ? Au Soudan, la réponse est particulièrement tangible : chaque croisière respectueuse renforce le poids économique du tourisme durable face à des usages plus extractifs.
Les opérateurs de plongée, souvent pionniers sur ces routes lointaines, jouent un rôle clé. Limitation du nombre de bateaux sur un même site, respect strict des mouillages pour éviter l’ancrage sur corail, formation des équipages aux bonnes pratiques environnementales, gestion des déchets à bord : autant de mesures qui, cumulées, réduisent fortement l’empreinte écologique de la plongée. De plus en plus de structures intègrent à leurs croisières des ateliers de sensibilisation sur les requins, les coraux ou les herbiers, transformant le séjour en véritable expérience d’écotourisme subaquatique.
En tant que plongeur, vous êtes aussi un acteur de cette conservation. Adopter une flottabilité parfaite pour ne pas casser les coraux, refuser l’achat de souvenirs issus d’espèces protégées, limiter l’utilisation de plastiques à usage unique, choisir des crèmes solaires respectueuses du milieu marin, soutenir des organisations impliquées dans la protection de la mer Rouge : autant de gestes concrets qui, mis bout à bout, font la différence. La mer Rouge soudanaise offre encore une image de récifs « comme avant » ; à nous tous de faire en sorte que cette image ne devienne pas, un jour, un simple souvenir.
Comparatif technique avec les destinations de plongée égyptiennes
Comparer la plongée au Soudan avec celle en Égypte revient un peu à comparer deux facettes complémentaires d’un même joyau. Les deux pays partagent la même mer Rouge, mais les contextes d’exploitation touristique et de pression humaine sont très différents. Côté égyptien, des destinations comme Hurghada, Sharm El Sheikh, Marsa Alam ou Dahab proposent une offre très structurée : nombreux centres de plongée, accès facile, large éventail de niveaux, house-reefs accessibles du bord, caissons hyperbares à proximité. C’est une excellente école pour débuter ou se perfectionner, avec une logistique rodée et un rapport qualité-prix attractif.
Côté soudanais, on se situe davantage dans une logique d’exploration. Les sites sont plus éloignés, la plupart des plongées se font en croisière, et la fréquentation reste très faible. Résultat : des récifs souvent plus intacts, une densité de pélagiques supérieure (notamment requins-marteaux halicornes, requins soyeux, grands bancs de barracudas et carangues), mais aussi des conditions plus engagées. On pourrait dire que si l’Égypte représente la « salle de classe » idéale pour la formation en mer Rouge, le Soudan en est le « terrain d’aventure » grandeur nature, réservé aux plongeurs un minimum aguerris.
Sur le plan technique, plusieurs différences sont à noter. En Égypte, de nombreux sites sont accessibles en sortie journée, avec retour à l’hôtel chaque soir, tandis qu’au Soudan la quasi-totalité des grands sites impose la vie à bord d’un bateau de croisière. Les profondeurs moyennes de plongée sont comparables, mais les profils soudanais sont plus souvent orientés tombants et dérivantes avec courants. Les rencontres avec les requins sont régulières des deux côtés, mais les bancs massifs de requins-marteaux et la cohabitation de plusieurs espèces de squales sur un même site restent plus caractéristiques du Soudan.
Enfin, le choix entre Égypte et Soudan dépendra aussi de vos attentes personnelles. Vous recherchez une destination facilement accessible, avec une grande variété de sites pour tous niveaux, la possibilité de combiner culture (Le Caire, vallée du Nil) et plongée, et une offre hôtelière très développée ? L’Égypte s’impose naturellement. Vous privilégiez au contraire l’isolement, les récifs vierges, le grand pélagique à profusion, en acceptant une logistique plus lourde, des formalités spécifiques et un niveau d’engagement supérieur sous l’eau ? Alors la côte soudanaise de la mer Rouge sera sans doute votre prochain terrain de jeu subaquatique, avec à la clé des souvenirs de plongée parmi les plus intenses de votre vie.