La plongée sous-marine fascine des millions de passionnés à travers le monde, offrant un accès privilégié aux mystères des fonds marins. Pourtant, cette activité exige une compréhension approfondie des mécanismes physiologiques qui régissent notre corps lorsqu’il évolue sous pression. L’azote dissous dans nos tissus durant l’immersion nécessite un temps précis pour être éliminé, rendant la planification des intervalles de repos entre les plongées absolument essentielle pour votre sécurité. Négliger ces périodes de récupération expose à des risques sérieux, dont le redouté accident de décompression. Que vous plongiez en Méditerranée, dans les eaux tropicales ou les lacs de montagne, maîtriser les principes de désaturation et respecter les protocoles établis par les organisations internationales vous permettra de profiter pleinement de votre passion tout en préservant votre santé.
La physiologie de la désaturation après une plongée sous-marine
Le processus de saturation des tissus en azote durant l’immersion
Lorsque vous descendez sous l’eau, la pression ambiante augmente progressivement, suivant la loi de Dalton qui régit le comportement des gaz. À chaque respiration effectuée avec votre détendeur, vous inhalez un mélange gazeux composé principalement d’oxygène et d’azote. Si l’oxygène est métabolisé par votre organisme, l’azote, lui, est un gaz inerte qui se dissout dans vos tissus corporels proportionnellement à la pression partielle qu’il exerce. Plus vous plongez profondément et longtemps, plus vos tissus se saturent en azote dissous.
Ce phénomène de saturation n’est pas uniforme dans l’ensemble du corps. Certains tissus, comme le sang ou le système nerveux central, absorbent rapidement l’azote en raison de leur forte vascularisation. D’autres, comme les os, les tendons ou les tissus adipeux, nécessitent beaucoup plus de temps pour atteindre un état d’équilibre avec la pression ambiante. Cette différence de comportement explique pourquoi les modèles de décompression utilisent plusieurs compartiments théoriques pour simuler les différentes vitesses de saturation. Durant une plongée récréative typique à 20 mètres pendant 40 minutes, vos tissus accumulent une quantité significative d’azote qui devra impérativement être éliminée avant d’envisager une nouvelle immersion.
Les compartiments tissulaires et leurs coefficients de dissolution
Les physiologistes de la plongée ont développé des modèles mathématiques sophistiqués pour représenter le comportement des différents tissus face à la saturation en gaz inertes. Ces modèles divisent le corps humain en plusieurs compartiments théoriques, chacun caractérisé par une période spécifique, généralement exprimée en minutes. Un compartiment rapide, avec une période de 5 minutes, représente les tissus richement vascularisés qui saturent et désaturent rapidement. À l’inverse, un compartiment lent de 635 minutes symbolise les tissus adipeux qui mettent des heures à s’équilibrer.
Chaque compartiment possède également des coefficients de sursaturation tolérables, appelés valeurs M (pour Maximum). Ces valeurs définissent la quantité maximale d’azote qu’un tissu peut contenir à une profondeur donnée sans risquer la formation de bulles dangereuses lors de la remontée. Le principe fondamental est que tant que la pression d’azote dissous reste inférieure à la valeur M du compartiment
reste dans une zone de sécurité. Dès que l’on dépasse ces limites, le gradient de pression devient trop important et des bulles peuvent se former dans les tissus ou la circulation sanguine, augmentant le risque de syndrome de décompression. C’est précisément pour éviter cette situation que l’on impose des remontées lentes, des paliers de sécurité et, surtout, des intervalles de repos suffisants entre les plongées et entre deux jours d’activité.
La cinétique d’élimination de l’azote résiduel post-plongée
Une fois revenu en surface, votre organisme n’est pas instantanément « revenu à zéro ». La désaturation en azote suit une cinétique exponentielle : les compartiments les plus rapides éliminent une grande partie de leur azote dans les premières dizaines de minutes, alors que les compartiments lents continuent à libérer du gaz inerte pendant de nombreuses heures. C’est un peu comme ouvrir une bouteille gazeuse : le gros du gaz s’échappe tout de suite, mais de fines bulles continuent de se former pendant un long moment.
Les modèles de décompression considèrent donc une série de demi-temps de désaturation, qui sont symétriques de ceux de la saturation. Après environ six demi-temps, un compartiment est considéré comme pratiquement revenu à l’équilibre avec la pression atmosphérique. Cependant, comme tous les compartiments n’ont pas la même vitesse, l’organisme reste, dans son ensemble, sursaturé pendant plusieurs heures. C’est la raison pour laquelle on parle de plongée « successive » tant que 12 heures ne se sont pas écoulées, et que les tables comme les ordinateurs continuent de prendre en compte cet azote résiduel pour calculer vos limites de non-décompression.
Plus une journée de plongée est dense – par exemple deux plongées le matin suivies d’une plongée l’après-midi – plus les compartiments lents sont sollicités. Cette accumulation progressive n’est pas toujours perceptible sur le moment, mais elle augmente le risque de formation de microbulles lors des immersions suivantes. Planifier ses jours de repos entre deux plongées revient donc à offrir à ces compartiments lents le temps de « rattraper leur retard » et de se vider en profondeur.
Les microbulles silencieuses et leur détection par échographie doppler
Fait méconnu, des bulles se forment presque à chaque plongée, même lorsque toutes les règles de sécurité sont respectées. On parle alors de microbulles « silencieuses », car elles ne provoquent pas de symptômes cliniques. Ces bulles naissent dans les tissus ou les veines lors de la phase de désaturation et sont ensuite filtrées et éliminées par les poumons. Elles n’en restent pas moins un indicateur précieux du stress de décompression subi par l’organisme.
Depuis les années 1970, les chercheurs utilisent la technique Doppler pour détecter ces microbulles dans le système veineux, généralement au niveau du cœur droit. Des études menées par la DAN (Divers Alert Network) et d’autres organismes ont montré que le nombre et la taille de ces bulles augmentent avec la profondeur, la durée, le profil de plongée et la répétitivité des immersions. Nombreux sont les plongeurs complètement asymptomatiques qui présentent pourtant un « chuintement » Doppler important après des séries de plongées successives.
Pourquoi cela vous concerne-t-il pour la planification de vos jours de repos entre deux plongées ? Parce qu’un organisme déjà rempli de microbulles est plus vulnérable si vous enchaînez les journées d’immersion sans pause. C’est un peu comme rouler avec des microfissures sur un pare-brise : tant qu’il n’y a pas de choc supplémentaire, tout tient, mais le moindre stress en plus peut faire éclater la vitre. Les jours de repos permettent de réduire cette « charge en microbulles » globale, et plusieurs travaux montrent que la fréquence de détection Doppler diminue nettement après 24 heures sans plongée.
Les tables de plongée et algorithmes de décompression pour les intervalles de surface
La méthode bühlmann ZHL-16 et ses compartiments théoriques
Le modèle de décompression Bühlmann ZHL-16 est aujourd’hui l’un des plus utilisés dans les ordinateurs de plongée du marché. Il repose sur 16 compartiments tissulaires théoriques, chacun doté d’un demi-temps de saturation/désaturation spécifique et de coefficients de tolérance à la sursaturation. L’intérêt pour vous, plongeur récréatif, est qu’il fournit une estimation continue de la quantité d’azote résiduel en fonction de l’historique de vos plongées et des intervalles de surface.
Concrètement, lorsque vous sortez de l’eau, votre ordinateur continue de « travailler » en arrière-plan. Il calcule minute par minute la désaturation de chaque compartiment et ajuste en conséquence vos limites de non-décompression pour la plongée suivante. Plus votre intervalle de surface est long, plus ces compartiments se rapprochent de l’état de repos, ce qui vous permet soit de plonger plus longtemps, soit de conserver une marge de sécurité plus confortable. Inversement, si vous réduisez vos pauses, vous verrez vos temps sans palier diminuer sensiblement, en particulier pour les plongées profondes.
De nombreux ordinateurs basés sur Bühlmann proposent des réglages de conservatisme, souvent via des « Gradient Factors ». En augmentant ces facteurs de prudence, vous limitez davantage la sursaturation autorisée dans les compartiments, ce qui revient à imposer des intervalles de surface plus longs ou à raccourcir vos durées d’immersion. C’est une stratégie pertinente lorsque vous enchaînez plusieurs jours de croisière-plongée, ou si vous savez que vous serez exposé à l’altitude dans les jours qui suivent.
Le modèle RGBM de bruce wienke pour les plongées répétitives
Le modèle RGBM (Reduced Gradient Bubble Model), développé par Bruce Wienke, adopte une approche différente en intégrant explicitement la formation et la dynamique des bulles. Là où Bühlmann se concentre surtout sur les gaz dissous, le RGBM cherche à limiter la taille et la croissance des microbulles, en particulier lors de profils complexes : plongées répétitives, plongées profondes successives, profils inversés ou plongées multi-jours.
Pour le plongeur, cela se traduit souvent par des algorithmes plus conservateurs sur la durée, surtout lorsqu’on multiplie les immersions dans une même journée ou sur plusieurs jours. Les ordinateurs implémentant le RGBM (ou des variantes comme Suunto RGBM) ont tendance à allonger les paliers, réduire les temps sans décompression et, surtout, à pénaliser davantage les intervalles de surface courts. Si vous ne respectez pas des temps de repos suffisants, l’ordinateur restreindra fortement vos possibilités, voire interdira certaines plongées successives.
Vu sous un autre angle, le RGBM « récompense » au contraire les bonnes pratiques : longues pauses en surface, jours de repos entre deux plongées profondes, profils progressifs du plus profond au plus superficiel. En croisière ou en séjour intensif, cette logique rejoint parfaitement l’objectif de cet article : intégrer la planification des jours de repos à votre stratégie globale de gestion du risque de décompression, et pas seulement vous focaliser sur la profondeur maximale ou la durée de chaque immersion.
Les tables MN90 et MT92 de la marine nationale française
En France, les tables MN90 (et leur évolution MT92 pour certains usages professionnels) restent une référence dans la formation fédérale. Elles ont été conçues pour encadrer des plongées à l’air avec ou sans paliers, en intégrant des profils successifs et des intervalles de surface. Leur logique repose sur un système de groupes de plongées successives et de majorations de temps en fonction de l’azote résiduel.
Après chaque plongée, vous déterminez un groupe de saturation (lettre) en fonction de la profondeur maximale et du temps passé sous l’eau. Lors de l’intervalle de surface, ce groupe évolue progressivement vers des lettres moins saturées, jusqu’à retrouver un état « vierge » après 12 heures. Tant que cet intervalle n’est pas atteint, toute nouvelle plongée est considérée comme successive et nécessite l’ajout d’un temps de majoration pour tenir compte de l’azote résiduel. Là encore, plus vous laissez de repos entre deux plongées – ou entre deux jours de plongée – plus cette majoration diminue.
Les tables MN90 sont délibérément conservatrices, notamment pour les plongées répétitives profondes. Elles prévoient également des temps d’observation et de surveillance après certaines expositions importantes, ce qui rejoint la notion moderne de « jours de récupération » dans le cadre des croisières-plongée intensives. Même si la majorité des plongeurs loisirs utilisent aujourd’hui un ordinateur, comprendre la philosophie de ces tables aide à mieux percevoir pourquoi un jour de repos complet peut faire la différence après plusieurs jours d’immersion.
Les ordinateurs de plongée suunto, garmin et shearwater : comparaison des algorithmes conservateurs
Sur le marché grand public, trois grandes familles d’ordinateurs de plongée illustrent bien les différences d’approche en matière de gestion de la décompression et des intervalles de surface. Suunto a longtemps été associé à des algorithmes RGBM ou Fused RGBM, réputés plutôt conservateurs, surtout en plongées répétitives. Garmin s’appuie sur des versions de Bühlmann ZHL-16C avec des facteurs de gradient ajustables, tandis que Shearwater propose également ZHL-16C, généralement configuré de façon assez prudente pour la plongée loisir, avec une grande liberté de personnalisation.
Dans la pratique, plusieurs centres ont observé que, sur une même croisière de 5 à 7 jours avec 3 à 4 plongées quotidiennes, les ordinateurs Suunto raccourcissent légèrement plus vite les temps sans paliers, surtout si les plongeurs réduisent trop leurs intervalles de surface. Les Garmin et Shearwater, eux, restent un peu plus permissifs, mais peuvent être rendus plus stricts grâce à l’augmentation du niveau de conservatisme. Cette flexibilité est intéressante si vous savez que vous enchaînerez plusieurs jours de plongée : vous pouvez « durcir » l’algorithme pour tenir compte d’une fatigue accrue ou d’un retour en altitude.
Peu importe la marque, le message reste le même : l’ordinateur de plongée n’est pas un passe-droit pour multiplier les immersions sans réfléchir. Il s’agit d’un outil qui modélise – avec ses limites – votre saturation en azote. Plus vous planifiez consciencieusement vos jours de repos entre deux plongées, moins vous mettez cet algorithme à l’épreuve de ses marges extrêmes. En d’autres termes, au lieu de demander à votre ordinateur « jusqu’où puis-je encore pousser ? », posez-vous plutôt la question inverse : « comment puis-je garder une bonne marge de sécurité sur plusieurs jours ? ».
Le syndrome de décompression différé et les facteurs de risque aggravants
L’exposition à l’altitude après plongée : cols montagneux et vols commerciaux
Le syndrome de décompression ne survient pas toujours immédiatement en sortie de plongée. Il peut être différé, apparaissant plusieurs heures après l’immersion, parfois déclenché par un facteur secondaire comme une montée en altitude. Prendre un vol commercial, traverser un col de montagne ou même emprunter une route en relief suffit à diminuer la pression ambiante et à accroître le gradient entre l’azote dissous et la pression extérieure.
C’est pourquoi les agences comme PADI, SSI, CMAS ou DAN recommandent de respecter un intervalle de 12 à 24 heures avant tout vol après une série de plongées. Si vous avez enchaîné plusieurs jours d’immersion avec des plongées profondes, il est judicieux de viser la fourchette haute, voire plus, surtout si votre trajet retour implique des passages de col supérieurs à 600–800 mètres. En pratique, cela signifie souvent consacrer la dernière journée de votre séjour à des activités terrestres : visite, snorkeling sans immersion profonde, repos et hydratation.
Imaginez votre corps comme une bouteille de soda légèrement agitée : si vous ouvrez le bouchon lentement, le gaz sort de façon contrôlée. Mais si, juste après l’avoir secouée, vous montez rapidement en altitude, c’est comme si vous diminuiez brutalement la pression sur la bouteille : le risque de « geyser » augmente. Planifier un vrai jour de repos entre vos dernières plongées et votre départ en avion permet de laisser s’échapper la majeure partie de ce gaz en excès avant d’ajouter ce stress supplémentaire.
La déshydratation, l’effort physique et la thermorégulation corporelle
La déshydratation est l’un des facteurs de risque les plus souvent sous-estimés en plongée. Or, un organisme déshydraté présente un volume plasmatique réduit, une viscosité sanguine accrue et une circulation moins efficace. Autant d’éléments qui entravent l’élimination de l’azote et favorisent la stagnation de bulles dans certains territoires vasculaires. Les voyages en avion, l’exposition au soleil, l’alcool ou simplement une hydratation négligée aggravent ce phénomène.
L’effort physique intense, avant ou après la plongée, joue également un rôle. Un exercice soutenu peut mobiliser des microbulles présentes dans les tissus, les faire circuler et augmenter la probabilité qu’elles atteignent des zones sensibles, comme la moelle épinière. C’est l’une des raisons pour lesquelles les recommandations DAN incitent à éviter les efforts violents dans les heures qui suivent une plongée, et à privilégier des activités calmes durant vos jours de repos entre deux plongées.
Enfin, la thermorégulation ne doit pas être oubliée. Plonger en eau froide, subir des frissons répétés, rester en combinaison mouillée pendant les intervalles de surface ou se surexposer au soleil entre deux immersions ajoute un stress important à l’organisme. Le corps doit alors arbitrer entre maintenir sa température, assurer la perfusion des organes vitaux et gérer la désaturation en azote. Prévoir des jours de repos permet de réduire ce cumul de contraintes physiologiques et de laisser votre organisme « respirer » au sens large.
Les facteurs individuels : obésité, foramen ovale perméable et âge
Nous ne sommes pas tous égaux face au risque de décompression, même avec des profils de plongée strictement identiques. L’obésité, par exemple, augmente la proportion de tissus adipeux, qui sont des compartiments lents particulièrement solubles pour l’azote. Un plongeur en surpoids aura donc tendance à accumuler davantage de gaz inerte dans ces tissus, et à nécessiter des temps de désaturation plus longs. Pour lui, les jours de repos entre deux plongées ne sont pas un luxe, mais un véritable outil de réduction de risque.
Le foramen ovale perméable (FOP), une petite communication résiduelle entre les oreillettes du cœur présente chez environ 20 à 25 % de la population, est un autre facteur important. En cas de FOP significatif, des microbulles veineuses peuvent passer dans la circulation artérielle et atteindre le cerveau ou la moelle épinière, transformant un « simple » signal Doppler en accident neurologique. Même si tous les porteurs de FOP ne sont pas à risque, ce facteur plaide en faveur d’une attitude prudente : profils progressifs, réduction du nombre de plongées quotidiennes et ajout de jours de repos lors de séjours intensifs.
L’âge, enfin, modifie la physiologie cardiovasculaire, la microcirculation et la capacité de récupération. À partir de la cinquantaine, la probabilité de comorbidités (hypertension, diabète, dyslipidémie) augmente, autant de paramètres qui peuvent interagir avec la décompression. Si vous avez repris la plongée après une longue pause ou que vous commencez plus tard, il est judicieux d’adopter un style de plongée plus conservateur : moins profond, moins fréquent, avec des jours de repos réguliers pour laisser le temps à votre organisme de récupérer pleinement.
Les protocoles DAN et recommandations internationales pour les intervalles de surface
La règle des 12 à 24 heures avant un vol selon les standards PADI et SSI
Les grandes agences de formation comme PADI et SSI se basent en grande partie sur les recommandations de la DAN pour définir leurs règles avant vol. Pour une seule plongée sans décompression, un intervalle minimum de 12 heures est généralement recommandé avant de prendre l’avion. En cas de plongées répétitives ou de plongée(s) avec palier(s), cette recommandation monte à au moins 18, voire 24 heures.
Dans la pratique, de nombreux centres adoptent une règle simple : aucune plongée le jour du départ, surtout si vous revenez de destinations lointaines avec vols longs-courriers et correspondances. Ce jour sans immersion joue pleinement le rôle de jour de repos entre deux plongées, le bloc suivant étant potentiellement plusieurs jours ou semaines plus tard. Vous en profitez pour bien vous hydrater, ranger votre matériel, tenir à jour votre carnet de plongée et, surtout, laisser vos tissus achever tranquillement leur désaturation.
Ces délais peuvent sembler contraignants lorsqu’on a envie de « rentabiliser » au maximum son voyage de plongée. Pourtant, les statistiques d’accidentologie montrent clairement une augmentation du risque lorsque ces intervalles ne sont pas respectés, en particulier après des séjours intensifs. Se réserver une marge confortable – par exemple 24 heures sans plongée avant le vol – est une mesure de prudence peu coûteuse qui contribue réellement à votre sécurité à long terme.
Les directives CMAS pour les plongées successives et consécutives
La CMAS et les fédérations qui s’en inspirent insistent sur la distinction entre plongées simples, successives et consécutives. Une plongée est considérée comme simple lorsque l’intervalle avant la plongée suivante dépasse 12 heures ; elle ne génère alors pas de majoration pour la suite. Entre 15 minutes et 12 heures, on parle de plongées successives, qui nécessitent de prendre en compte l’azote résiduel. En dessous de 15 minutes, il s’agit plutôt d’une plongée consécutive, assimilée à une seule et même plongée pour le calcul de la décompression.
Ces définitions ne sont pas de simples subtilités administratives : elles structurent la manière dont vous planifiez vos journées et vos jours de repos. Un programme de type « 2 plongées le matin + 1 l’après-midi » durant cinq jours de suite implique de nombreuses plongées successives, particulièrement exigeantes pour vos compartiments lents. Insérer un jour sans plongée au milieu du séjour permet de « casser » cette succession et de revenir à une situation de plongée simple pour la suite, avec des marges de sécurité bien plus confortables.
Certaines fédérations nationales préconisent d’ailleurs de ne pas dépasser un nombre maximal de plongées sur une période donnée (par exemple 2 plongées par jour en milieu fédéral, avec au moins un jour de repos hebdomadaire lors des stages intensifs). Même si ces recommandations peuvent varier, l’esprit reste constant : la planification multi-jours ne doit pas se limiter à empiler des créneaux d’immersion, mais intégrer la notion de fatigue de décompression cumulative et d’intervalle de repos structurant.
Le protocole de sécurité après plongées profondes au-delà de 30 mètres
Les plongées au-delà de 30 mètres, même effectuées dans les limites de la plongée loisir, exercent une contrainte bien plus importante sur l’organisme que les immersions peu profondes. La pression partielle d’azote y est plus élevée, les gradients de désaturation à la remontée sont plus marqués et certains compartiments lents se remplissent plus rapidement. Pour cette raison, la plupart des agences et de nombreux médecins hyperbares recommandent des précautions supplémentaires après ce type d’exposition.
Parmi ces mesures figurent l’ajout systématique de paliers de sécurité prolongés (par exemple 5 minutes à 5 mètres au lieu de 3), la limitation du nombre de plongées profondes successives et, surtout, la mise en place de jours de repos entre deux plongées profondes. Un exemple courant en croisière est de réserver les plongées les plus profondes au début du séjour, puis de terminer progressivement par des sites plus peu profonds et plus faciles. Insérer un jour sans plongée après une séquence de plongées au-delà de 30–35 mètres permet de réduire significativement le stress de décompression global.
Si vous êtes adepte des épaves profondes, des tombants ou des plongées techniques aux mélanges enrichis, il est encore plus important de discuter avec votre instructeur ou directeur de plongée de la planification globale de la semaine. Une bonne question à poser est : « Quels jours seraient les plus judicieux pour prévoir un repos complet ? ». Anticiper ces journées permet d’organiser d’autres activités (photo, visite, snorkeling de surface) sans avoir l’impression de « perdre » du temps, tout en offrant à votre organisme la pause dont il a besoin.
La planification multi-jours en centres de plongée méditerranéens et tropicaux
Dans les destinations méditerranéennes comme la Côte d’Azur, la Corse ou les îles grecques, les programmes classiques proposent souvent deux plongées par jour sur 3 à 5 jours consécutifs. En milieu fédéral, on veille en général à alterner les profils : une plongée un peu plus profonde le matin, suivie d’une plongée plus tranquille l’après-midi, avec un intervalle de surface de 2 à 3 heures. Sur une semaine complète, il est fréquent de prévoir au moins un jour sans plongée – au milieu ou en fin de séjour – pour laisser le temps au corps de récupérer.
Dans les centres tropicaux, notamment en mer Rouge, en Indonésie, aux Maldives ou aux Caraïbes, les croisières-plongée montent encore d’un cran : jusqu’à 3 voire 4 plongées par jour pendant 6 ou 7 jours. Le simple fait que ces opérations soient rodées ne doit pas faire oublier que ce rythme est exigeant pour l’organisme. Les bateaux sérieux prévoient toujours la dernière journée sans immersion ou avec seulement 1 à 2 plongées très peu profondes, afin de respecter les protocoles avant vol et de faciliter la désaturation complète.
Comment, en tant que plongeur, optimiser cette planification multi-jours ? Une approche pragmatique consiste à :
- Limiter le nombre de plongées profondes en début de séjour et privilégier ensuite des sites plus peu profonds.
- Respecter scrupuleusement des intervalles de surface d’au moins 90 minutes, voire 2 heures, entre deux immersions.
- Prévoir au moins un jour de repos complet si votre séjour dépasse 5 ou 6 jours de plongée consécutifs.
En parallèle, gérer votre hygiène de vie joue un rôle essentiel : hydratation régulière, alimentation légère, sommeil suffisant, limitation de l’alcool le soir. Les centres de plongée sérieux vous rappelleront ces principes lors des briefings, mais c’est à vous, au final, de décider si vous souhaitez faire toutes les plongées proposées. Savoir renoncer à une immersion lorsque vous vous sentez fatigué ou lorsque votre profil devient trop chargé est un signe de maturité de plongeur, pas de faiblesse.
Les signes cliniques nécessitant une prolongation des intervalles de repos
Planifier ses jours de repos entre deux plongées, c’est aussi savoir reconnaître les signaux que votre corps vous envoie. Certains symptômes doivent vous alerter et vous inciter à prolonger vos intervalles de repos, voire à interrompre totalement la plongée en attendant un avis médical. Parmi les signes à surveiller figurent : une fatigue inhabituelle ou persistante, des maux de tête inhabituels, des douleurs articulaires ou musculaires qui apparaissent après la plongée, des démangeaisons cutanées inexpliquées ou des sensations de malaise général.
Plus préoccupants encore sont les symptômes neurologiques : fourmillements, engourdissements, faiblesse d’un membre, difficultés à marcher droit, troubles de la vision ou de l’élocution. Même s’ils sont discrets ou transitoires, ces signes peuvent correspondre à un début de syndrome de décompression. Dans ce cas, la première règle est simple : on arrête de plonger et on contacte immédiatement un médecin ou un centre hyperbare via le réseau DAN ou les numéros d’urgence locaux. Replonger par-dessus ces symptômes dans l’espoir qu’ils disparaissent est une erreur grave.
Plus subtil, le sentiment de « ne pas être dans son assiette » après une série de plongées – manque d’énergie, sommeil perturbé, sensation d’oppression – mérite aussi d’être pris au sérieux. C’est souvent le signe que la somme des facteurs de stress (décompression, fatigue, chaleur, déshydratation, transport) commence à peser. Dans ce cas, la meilleure décision que vous puissiez prendre pour votre sécurité est de rajouter un jour de repos complet entre deux plongées, même si cela signifie renoncer à une sortie prévue. Souvenez-vous qu’il y aura toujours d’autres occasions de plonger, alors qu’un accident grave peut remettre en cause votre pratique pour longtemps.
En fin de compte, bien planifier ses jours de repos entre deux plongées revient à combiner les connaissances issues des modèles de décompression avec une écoute attentive de votre propre corps. Les tables, les algorithmes et les recommandations internationales vous donnent un cadre ; votre ressenti et votre prudence viennent l’ajuster au quotidien. C’est cette alliance entre science et expérience personnelle qui vous permettra de profiter durablement de la plongée sous-marine, en toute sérénité.